Révision du PSMV : Chronique n°11 / L’O.A.P. espace cathédrale ou l’affaire du presbytère

Le presbytère de la cathédrale a été démoli le 23 décembre 2015 suite a un arrêté de péril signé du maire, suite à une expertise plus que discutable. Le presbytère n’aurait jamais du être détruit. Aujourd’hui, architectes et urbanistes insistent pour une re-construction et démontrent a posteriori que la destruction de l’édifice a été une erreur. Le débat est ouvert sur ce qu’il convient de faire.

Le projet de l’architecte Léon Bénouville pour le nouveau presbytère, 1899

Mais revenons aux causes et décisions contradictoires qui nous ont conduit à cette situation.

Cette affaire du presbytère est abracadabrantesque et qui plus est un marché de dupes ; les dupes étant les perpignanais.

Le presbytère a été édifié en 1899 (voir fiche wikipédia), sur les plans de Léon Bénouville, architecte diocésain qui s’inspire là du modernisme catalan ; il dessinera d’ailleurs, plus tard, des meubles art-déco.

Le presbytère de la cathédrale de Perpignan, jusqu’au 20 décembre 2015

En 2014, la ville de Perpignan achète le presbytère à l’association diocésaine (80 000 €) ; pour le restaurer ? Que nenni !

Le 19 février 2015, la ville de Perpignan lance un concours d’architecture pour une construction contemporaine à la place du presbytère et de 2 immeubles adjacents, propriété de la ville, pour y accueillir un lieu d’accueil touristique et culturel. Le coût des travaux de démolition-reconstruction est estimé à 3,5 millions d’euros HT. Dans le marché il est bien précisé que les immeubles concernés seront démolis. Personne ne semble avoir observé alors que le presbytère est classé en catégorie 5bis du PSMV, c’est-à-dire qu’il ne peut être modifié dans sa structure, encore moins démoli pour être remplacé. Personne n’a réagi ! L’ASPAHR, pour sa part, était en sommeil profond depuis 15 ans (elle ne renaîtra que le 14 mars 2017).

C’est l’architecte italienne Susanna Ferrini qui remporte le concours avec un projet d’immeuble en verre et acier corten. La démolition est prévue pour septembre 2016, la livraison du bâtiment en décembre 2017.

Le projet de l’architecte Susanna Ferrini pour le bâtiment remplaçant le presbytère (projet abandonné)

En décembre 2015, les évènements s’accélèrent, face à un début de contestation. La mairie fait réaliser une expertise qui conclut à des désordres et conseille soit de conforter l’édifice, soit de le démolir. Il aurait fallu faire établir une contre-expertise, car celle réalisée est extrêmement contestable. Le 14 décembre, le maire signe un arrêté de péril, puis dans la foulée un arrêté de « déconstruction ». Après que le quartier ait été bouclé et les riverains évacués, le presbytère a été démoli le lundi 21 décembre en présence d’une cinquantaine d’opposants. Une plainte est toujours en cours au tribunal administratif de Montpellier.

La démolition du presbytère le 21 décembre 2015

 

Mais les choses ne s’arrêtent pas là. Au printemps 2016, la ville lance une grande consultation : pour la construction du nouveau bâtiment en verre et acier corten, ou pour l’aménagement d’une « place méditerranéenne » sans reconstruction. 3800 perpignanais ont participé à cette « consultation » (bien peu !). 90% se sont prononcés pour la 2e solution pour laquelle le maire avait fait campagne ; il appellait en quelque sorte vcontre le projet qu’il avait initié. Nous ne savons pas combien ont coûté les frais d’architecte et la démolition !

La place de l’ancien presbytère actuellement

 

Et maintenant ? Contre toute attente, le préfet et le maire ont missionné une équipe d’architectes-urbanistes pour faire des propositions d’aménagement (des remords messieurs ?) ; il faut dire que cet espace vide, cette dent creuse, donnant sur un mur aveugle, ça la fiche mal en plein centre historique. C’est une très mauvaise image pour « Destination Perpignan » qui est le nouveau slogan de la ville. C’est l’objet de l’O.A.P. « espace cathédrale ». On nous avait pourtant dit que le quartier Saint-Jean ne faisait pas partie de la révision du PSMV ; allez comprendre ! Des remords, vous dis-je. Il faut maintenant réparer ce que l’on a cassé. Mais les démolitions sont irréversibles !

 

Moralité : pour l’ASPAHR, la démolition du presbytère n’est que l’esquisse, les prémices de ce que souhaite faire la municipalité de Perpignan sur l’ensemble du centre ancien. Démolir, laisser des dents creuses et parfois reconstruire des bâtiments neufs sans âme et sans lien avec le bâti traditionnel, en dépeçant le parcellaire médiéval. C’est le grand ravage des démolisseurs qui ne savent pas tirer les leçons du passé et qui sont les premiers à maudire la destruction des remparts au début du XXe siècle. J’invite les élus à prendre conseil auprès des archéologues, historiens, historiens d’art, architectes, urbanistes, anthropologues, etc. avant de prendre leurs décisions ; mieux vaut réhabiliter que rénover ! J’invite les services de l’Etat à faire respecter rigoureusement la législation et les règlements en vigueur. J’invite tous ces gens, tous ces services, et aussi la commission nationale du patrimoine et de l’architecture (CNPA) à écouter ce que dit l’ASPAHR qui n’agit que dans l’intérêt de la sauvegarde et de la valorisation du patrimoine perpignanais et départemental. C’était l’objet de ces 11 chroniques. Puissions nous être entendus !

 

Jean-Bernard Mathon

Présentation de l’O.A.P. « espace cathédrale » (1) ; sans commentaires !
Présentation de l’O.A.P. « espace cathédrale » (2) ; sans commentaires !

 

 

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