Bages : un village en Roussillon et sa cellera médiévale menacée.

Bages, village viticole de la plaine roussillonnaise est bien connu pour la maison Carrère, « la maison du Fada », un temps musée d’art naïf, construite illégalement, en 1954, et rachetée par la municipalité en 2007. C’est le lieu phare de la commune, très médiatisé, notamment par la commune. Soit, ne polémiquons pas, même si on met en avant un édifice dont l’édification s’est faite en contravention avec les lois de la République.

Ce que l’on sait moins, et que la municipalité semble ignorer, c’est que Bages conserve sa cellera médiévale, ou du moins le tracé bâti de celle-ci, ainsi que -a minima- les fondations de ses remparts. Tout ceci a été étudié et publié par l’historien médiéviste Aymat Catafau dans sa thèse, dont la notice sur Bages est consultable en ligne ; le lien pour la consulter : http://books.openedition.org/pupvd/1827

 

Plan de la Cellera / Aymat Catafau

 

Vue aérienne de la cellera avant la démolition de l’immeuble ouest

Cette cellera a déjà été éventrée il y a quelques années lors d’une opération de « rénovation » du centre ancien. Parlons plutôt de la destruction du tracé de la cellera. On a créé une ouverture, une place, dénaturant complètement la trace de l’histoire. Cette nouvelle place est d’ailleurs sans aucun intérêt ; elle sert en son centre de local à poubelles. L’histoire millénaire et ses vestiges sont rompus.

 

Destruction d’un immeuble sur le tracé de la cellera, il y a quelques années ; cliché A. Catafau

Plus récemment, en septembre 2016, le maire de Bages a délivré un permis de construire (!) à l’office HLM départemental pour réaliser 12 appartements sur 2 parcelles acquises par cet organisme. Ces 2 parcelles sont situées dans le périmètre de l’ancienne cellera, enserrées entre la rue des Templiers et l’avenue Jean Jaurès / rue Camille Desmoulins. Les bâtiments concernés ne sont, bien entendu, pas de l’époque médiévale, mais, a minima, ils sont pour le moins édifiés sur les anciens remparts, voire sur des structures très anciennes.

Le premier bâtiment qui date de 1921 (parcelle AH 170) est considéré dans le dossier de permis de construire comme « remarquable », alors que, s’il a bonne figure bourgeoise, il ne présente pas vraiment de caractéristique notable du point de vue architectural ou décoratif. Cet immeuble sera réhabilité (au moins on ne détruit pas le tracé médiéval) et y seront aménagés 3 logements.

 

Le bâtiment de 1921 qui sera réhabilité

Le second immeuble sera démoli (parcelle AH 169). Il s’agit de la maison Fabrega. Elle est considérée, dans le dossier de PC, comme « hétéroclite » et « totalement inadaptée à une réhabilitation » ! A notre humble avis, cet immeuble, en bon état structurel, dont il aurait fallu envisagé le retrait des ajouts inesthétiques, est le témoignage du type d’habitat des grands propriétaires terriens de la fin du XIXe siècle, avec ses écuries, les logements pour les ouvriers agricoles et la tour pour surveiller ces derniers. Il fallait, et il était tout à fait possible de réhabiliter cet édifice ! Au lieu de cela il est prévu de construire un immeuble lambda (9 logements) sans le moindre intérêt.

Destruction d’un immeuble sur le tracé de la cellera, il y a quelques années ; cliché A. Catafau

 

Maison Fabrega, vue Sud, vouée à la démolition

 

Maison Fabrega, vue Est, vouée à la démolition

 

Maison Fabrega, les écuries, vouées à la démolition

 

La nouvelle construction qui remplacera la maison Fabrega

J’ai rédigé ces quelques lignes pour attirer l’attention sur ce qui se passe dans de nombreux villages roussillonnais. Nous sommes hors délais pour faire un recours devant les tribunaux contre ce permis de construire. Par ailleurs, il n’y a pas sur cette commune de Bages de plan de zonage archéologique (Présomption de Prescription Archéologiques) qui définit des zones sur lesquelles la DRAC impose d’être consultée avant tout dépôt de permis de construire, ce qui aurait permis de générer un diagnostic archéologique. Il nous faut être beaucoup plus vigilants pour intervenir à temps et éviter les catastrophes patrimoniales. Il ne reste plus aux habitants de Bages, indignés par ce projet, qu’à se mobiliser pour empêcher ce mauvais coup porter à notre patrimoine (avec récidive) ; l’ASPAHR les soutiendra. L’ASPAHR va également attirer l’attention de l’office Hlm sur ses choix (ce n’est pas une première ; la maison du vicomte, à Canet-en-Roussillon a été également à moitié rasée) ; l’office HLM pourrait fort bien avoir une démarche de réhabilitation et de valorisation du patrimoine (il l’ a déjà fait dans certains cas) ; ce serait, aussi, une image de marque positive pour cet organisme.

 

Canet en Roussillon ; démolition d’une partie de la maison du vicomte pour construire des logements sociaux ; cliché O. Poisson

Jean-Bernard Mathon.

3 réflexions au sujet de « Bages : un village en Roussillon et sa cellera médiévale menacée. »

  1. c est trop domage de demolir ce magnifique batiment charge d histoire le rehabilite dans son jus pour des logement ferai l affaire et garder ce precieux patrimoine charme du village

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