Enquête publique sur projet de village de vacances à thèmes à Château-Roussillon (Perpignan) : Contribution de Jean-Bernard Mathon Président de l’ASPAHR

Enquête publique sur projet de village de vacances à thèmes à Château-Roussillon (Perpignan).

Contribution de Jean-Bernard Mathon

Président de l’ASPAHR (association pour la sauvegarde du patrimoine artistique et historique roussillonnais).

Madame la commissaire-enquêtrice,

 

Au nom de l’ASPAHR que je préside et en mon nom personnel, je vous fait part de mes observations sur le projet de village de vacances à thèmes, à Château-Roussillon, emportant mise en conformité du PLU de Perpignan et du SCOT plaine du Roussillon.

L’ASPAHR, avec d’autres associations, a fait son travail, en informant la population sur les enjeux de ce projet, en organisant une réunion publique, le 13 novembre dernier, qui a réuni plus d’une centaine de personnes et en ouvrant une page Facebook. Je constate que de son côté la Communauté urbaine s’est contentée de la parution d’une annonce légale, alors que, vu l’enjeu, un véritable débat public contradictoire aurait été utile.

Je rappelle que ce projet prévoit sur 3,8ha, aménagés en dur, des espaces communs (voiries, parkings, cheminements), des espaces ludiques (terrasses, piscines, plages), 7090 m2 de bâtiments (accueil, bar, restaurant, …) ; il est prévu sur les 10ha restants la construction de 500 unités d’hébergement (bungalows de 32 m2, avec terrasses de 33m2 et plantations de 35m2) sur les thématiques : « tropical », « Asie », « Western », « Enfants », « Méditerranée », « Gallo-Romain ». La durée des travaux s’étalerait de septembre 2019 à mars 2021 ; le fonctionnement de la structure s’étendrait de la période de Pâques à la Toussaint, avec des saisonniers.

Je conteste l’intérêt général de ce projet et sa localisation, pour plusieurs raisons :

– C’est un projet touristique et économique inadapté ;

– c’est une atteinte à l’environnement, à la faune, à la flore et à la ressource en eau ;

– il supprime de riches terres agricoles et crée une rupture de la ceinture verte de Perpignan ;

– il dénature un site archéologique et historique en zone protégée.

 

Projet d’intérêt général ?

A ce jour, seul le président de la Communauté urbaine Perpignan Méditerranée Métropole semble considérer que ce projet est d’intérêt général. Encore que, dans son arrêté du 22 décembre 2017, celui-ci indique que « … ce projet paraît présenter un caractère d’intérêt général tel qu’il justifie que sa réalisation soit rendue possible … ». Il « paraît » donc d’intérêt général selon le président de PMM, mais ce n’est donc pas certain. Pourtant, partant de ce postulat, on s’autorise à utiliser la procédure accélérée de déclaration de projet. Cette dernière a pour conséquence de mettre en première ligne ce projet qui entraînerait la mise en conformité du PLU et du SCOT.

Il aurait été légitime et démocratique que ce soit le conseil communautaire qui se prononce sur l’intérêt général du projet avant de lancer cette procédure. Car, en définitive, le Conseil communautaire aura à se prononcer, dans le même temps, sur l’intérêt général du projet, sur le projet lui-même, entrainant, de facto, l’approbation de la mise en conformité du PLU et du SCOT.

Je rappellerai, pour mémoire, que la dernière révision du PLU date du 15 décembre 2016 et que le SCOT a été approuvé le 13 novembre 2013 ; il n’y a pas si longtemps. Pourquoi revenir maintenant sur ces documents, dans lesquels les 14ha concernés par le projet avaient été maintenus en one « N » ?

Ce projet est strictement d’intérêt privé, fruit de l’imagination d’un promoteur à des fins strictement commerciales ; cela n’a rien à voir avec quelque intérêt public ou général, bien au contraire.

 

Le lieu

Il s’agit d’un projet lambda qui comme une maison « Phénix » pourrait être implanté n’importe où. L’argumentation pour son implantation à Château-Roussillon est des plus fantaisiste. Résumons : proximité de l’aéroport (!), proximité de la gare (!!), desserte par une ligne de bus (8 aller-retour par jour !). Suite à un questionnement de la MRAE, le promoteur fait part des autres hypothèses de localisation envisagées (a posteriori ?). En fait, le promoteur vend la mèche : la raison principale du choix réside dans le fait que sur Château-Roussillon, les 14ha sont la propriétaire d’une seule personne ; donc c’est plus facile et plus rapide. C’est la seule et unique raison de ce choix. Ajoutons que le propriétaire du terrain fait une très bonne affaire : il spécule en vendant des terres agricoles au prix de terrains constructibles !

 

Un projet touristique inadapté

Il s’agirait d »un « projet phare proposant une nouvelle offre d’hébergement touristique de qualité ».  Or, une nouvelle offre touristique doit s’appuyer sur une étude préalable définissant les besoins en terme de tourisme et d’accueil. Or, au vu du dossier il ne semble pas que l’on ait fait appel à un bureau d’étude en ingénierie touristique. Il ne semble pas, non plus, que les agences départementale et régionale de tourisme aient été consultées. Ce sont des impressions qui ne s’appuient sur aucune étude sérieuse et fiable. J’exige que l’on produise une étude démontrant les besoins (et quels types de besoins) en terme d’offre touristique et d’accueil dont le secteur de Château-Roussillon aurait besoin. Nous sommes dans un projet hors-sol, voué à l’échec ; de l’amateurisme en terme touristique !

Les thèmes proposés pour ce village de vacances sont eux-mêmes en inadéquation avec notre territoire : « tropical », « Asie », « Western », « Enfants », « Méditerranée », « Gallo-Romain » ! Le Roussillon est un des département de France les plus riche en patrimoine naturel et historique et cela n’est absolument pas pris en compte dans ce projet.

Un projet sans intérêt économique

Du point de vue économique on nous promet une centaine de création d’emplois, mais il s’agit d’emplois saisonniers, le site ne devant être ouvert que 6 mois de l’année. C’est donc contraire aux besoins de notre territoire qui est celui dont le taux de chômage est un des plus élevé en France et qui a besoin d’emplois pérennes sur l’année. Ce n’est donc pas une bonne offre économique.

 

Une atteinte à l’environnement, à la faune, à la flore et à la ressource en eau

La réalisation de ce projet créerait une enclave dans la ceinture verte de Perpignan, repoussant encore les limites de l’urbanisation. Elle ouvrirait aussi une brèche permettant de poursuivre l’urbanisation future vers l’Est en incitant encore à modifier le PLU et le SCOT.

Ce projet menacerait des espèces animales et végétales d’intérêt.

Alors que les ressources en eau posent de plus en plus problème pour assurer la survie des populations et de l’agriculture, ce site serait gros consommateur d’eau avec les aménagements prévu.

 

Suppression de riches terres agricoles et rupture de la ceinture verte de Perpignan

Les 14ha concernés sont des terres agricoles, bien que laissées en friche par son propriétaire qui a sans doute préféré attendre son heure pour vendre ses terres à prix fort à un promoteur plutôt que de les céder à des agriculteurs au prix du marché. Nous sommes là dans une démarche spéculative contraire à l’intérêt général.

Ces terres doivent rester des terres agricoles pour être cédées notamment à de jeunes agriculteurs qui pourraient s’y installer et assurer ainsi, pour partie, la subsistance de la population perpignanaise dans une démarche de circuit court.

Dénaturation d’un site archéologique et historique en zone protégée

Ce projet est contigu au site archéologique de Ruscino et dans un périmètre de protection Monument historique ; dans le dossier ne figure pas l’avis de l’architecte des bâtiments de France quant au respect de la règlementation MH eu égard au projet.

De plus, le projet empiète au moins sur la moitié d’une ZPPA (zone de présomption de prescription archéologique) ; la DRAC exigera donc un diagnostic archéologique probablement suivi de fouilles. Qu’en sera-t-il si l’on fait des découvertes archéologiques d’importance ? Avant de proposer un tel projet, il aurait été judicieux de procéder, au préalable, à un diagnostic archéologique qui aurait permis de se faire une idée sur l’intérêt archéologique du site pour savoir s’il peut ou non être aménagé.

 

Ruscino : le vrai projet d’intérêt général !

Jouxtant le site du projet proposé se trouve le site archéologique de Ruscino. Sur ce lieu, la municipalité de Perpignan avait lancé un grand projet de musée ; celui-ci n’a jamais été finalisé ! En 1991, un bâtiment a été édifié pour créer ce musée, dont l’architecte n’est autre que François Fontès, mondialement connu pour ses réalisations. La scénographie, confiée à Jean-Michel Wilmotte qui a conçu des projets pour les plus grands musées, n’a jamais été réalisée.

A Château-Roussillon, l’urgence, le projet d’intérêt général c’est d’achever le musée Ruscino et de l’ouvrir au public. Ce serait un outil pédagogique et éducatif de premier ordre pour les jeunes générations, un lieu de tourisme culturel pour les habitants du département et les vacanciers. La ville de Perpignan et le département seraient ainsi doté du seul musée sur notre territoire concernant l’antiquité. Cet outil culturel fait aujourd’hui cruellement défaut et pourrait devenir un lieu de développement de l’économie touristique.

Conclusion

L’ASPAHR se prononce fermement contre le projet de village de vacances à thèmes à Château-Roussillon, entraînant la mise en conformité du PLU de Perpignan et du SCOT plaine du Roussillon.

L’ASPAHR, avec d’autres associations, va continuer à informer la population sur ce projet et les appeler à agir pour manifester leur opposition.

Nous allons également intervenir auprès des élus du Conseil communautaire pour qu’ils se prononcent contre ce projet et ses conséquences.

 

Fait à Perpignan, le 22 novembre 2018

 

Jean-Bernard Mathon

Président de l’ASPAHR

21, rue Jean-Baptiste Lully

66000 Perpignan

 

Mail : aspahr2017@gmail.com

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