La destruction de l’ancien couvent des Dames de Saint-Sauveur

L’ASPAHR proteste contre les démolitions qui sont en cours au coin de la rue Emile Zola et de la rue de la côte Saint-Sauveur à Perpignan.

Cela mérite un mot d’explication.

 

Depuis le début des opérations qui ont concerné la zone de l’ancien couvent des Dames de Saint-Sauveur, nous avons condamné les interventions qui détruisaient ou qui ne respectaient pas les vestiges du couvent. C’est facile à voir, car un plan détaillé existe du couvent en 1790, où l’on voit tous les espaces de celui-ci avec leur fonction.

 

Il est normal de penser que pour réutiliser un ensemble comme celui-là, une stratégie d’ensemble devait d’une part respecter au maximum les structures anciennes — sinon, pourquoi s’installer là et ne pas aller construire ailleurs, dans un terrain vierge ? — ensuite rechercher les adaptations et évolutions qui pouvaient respecter le passé tout en donnant une nouvelle utilisation harmonieuse des lieux. Le plan de Sauvegarde approuvé en 2007 allait dans ce sens. C’était parfaitement possible, et l’ASPAHR se prend à rêver à la belle université qu’on aurait pu avoir à Saint-Sauveur, avec un peu de soin, de sensibilité et de talent.

Au lieu de cela, la municipalité a choisi la brutalité l’amnésie et la destruction.

L’ancienne église a été défoncée pour créer un nouvel étage au sous-sol. Les dépendances anciennes sur le flanc de l’église, très visibles sur le plan de 1790, ont été démolies pour soi-disant dégager une façade qui n’en était pas une, dont on a changé les proportions et où l’on a créé de fausses fenêtres gothiques qui n’avaient jamais existé. Dans l’ancienne église, vendue à la Révolution, on a détruit l’ancienne Loge maçonnique créée au XIXe siècle et ses décors et démoli l’escalier en pierre qui la desservait.

Drong~commonswiki / CC BY-SA (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)

 

(https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)

La plupart de ces éléments étaient protégés —catégories 5 et 5bis— par le PSMV en vigueur.

Mais tout le monde était d’accord : la ville qui se fichait bien de l’intérêt de cet ancien couvent, son architecte qui n’a aucune sensibilité ni compétence pour le patrimoine, l’Architecte des Bâtiments de France qui ne craignait pas de donner des avis favorables contraires au plan qu’il était chargé d’appliquer, le préfet, la DRAC, qui n’avaient aucune envie de déplaire au Maire, fut-ce au prix du respect de la loi. A quoi donc sert un Secteur Sauvegardé ?

Même non respecté, le Secteur Sauvegardé était encore trop gênant pour les projets municipaux et lors de sa révision, partielle et mal ficelée, la municipalité a encore demandé que soient levées les protections qui couvraient les immeubles de l’angle de la rue Emile Zola et de la rue de la côte Saint-Sauveur, ceux-là même qu’on démolit en ce moment. Obligatoirement consultée, la Commission nationale de l’Architecture et du Patrimoine s’est prononcée contre cette demande.

Drong~commonswiki / CC BY-SA (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)

Que croyez-vous qu’il arriva ? La révision approuvée par le préfet permet ce que l’on est en train de faire, toute monde, mairie, architecte, ABF, Préfet, DRAC continue d’être d’accord.

Alors voilà : on peut dire que dans ce consensus, l’ancien couvent du Saint-Sauveur a disparu du paysage perpignanais. A sa place nous aurons bientôt un assemblage de bâtiments brutaux et déplacés, construits là comme n’importe où.

L’ASPAHR, quant à elle, pense que le patrimoine est à conserver pour donner du sens et de la richesse à la ville. Il doit être mis en valeur et, certainement, réutilisé et adapté, transformé si besoin. Mais pas nié, altéré, détruit, rayé de la carte comme cette opération l’a fait et continue de le faire.

Olivier Poisson

Président de l’ASPAHR

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